© Comité Paul MONDAIN

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 Limoges : adieu les contraintes, bonjour la prospérité 

Mondain devient le médecin directeur de l'hôpital psychiatrique de Limoges

 

En 1951 le docteur Mondain prend la direction de NAUGEAT, l’hôpital psychiatrique de LIMOGES.

Le docteur Mondain

(deuxième personne à gauche)

Une ancienne patiente (sans doute psychotique à la vue de son traitement par neuroleptiques) écrivait récemment à Florence Mondain pour lui indiquer qu’une salle de « l’Esquirol » porte désormais le nom de son père.

Le docteur Mondain fait repeindre les murs. Il distribue des couleurs agréables avec goût, harmonie et distinction. Il fait disposer partout des reproductions de tableaux de grands peintres, et surtout « les œuvres de certaines malades qui, dans le service même, se sont découvert un véritable talent ».


Il engage la lutte pour obtenir « le confort et le bien-être qui seront les bases indispensable de la psychothérapie. Les malades doivent trouver dans des lieux accueillants un refuge aimable, rassurant, de bon ton. Déjà artiste et décorateur, le Dr Mondain s’assimile rapidement et avec bonheur les disciplines essentielles pour refondre le service, sans le secours d’un architecte, par goût et par plaisir, on n’en peut douter, mais aussi dans un souci certain d’économie… plus certain ainsi d’aboutir. ».
Le docteur a terminé son entreprise en quinze ans : « Il faudra au Dr Mondain de la persévérance pour aller au bout de la tâche qu’il s’est imposée … mais l’œuvre qu’il a accomplie est à ce point réussie que c’est son service que l’on fait visiter à de nombreuses personnes, qui sont toujours agréablement surprises » (Françoise Chibois).

 

Le 2 décembre 1960, il se marie avec Raymonde Schneider, éducatrice spécialisée chef de service de l’IMP de Limoges.


En 1962, Madame de Gaulle visite Naugeat, guidée par le docteur et son épouse. Les Mondain sont proches de la famille de Gaulle car ils en soignent un membre. Sur la photo suivante, ils suivent Yvonne de Gaulle. La visite a été retardée par un attentat. Le général quant à lui, est à la messe à la cathédrale de Limoges.

Dans cet établissement, il peut enfin donner libre cours à ses principes thérapeutiques novateurs. Une fois de plus, il trouve cet hôpital dans un triste état : « … verrons nous donc Naugeat voué à être l’hospice de vieillards « antichambre de la mort », le refuge des chroniques où croupissent les « irrécupérables », la garderie d’enfants anormaux destinés à passer, à l’âge adulte, aux irrécupérables ? ». Ainsi s’exprime t-il, cité par son interne, Françoise Chibois qui, dans sa thèse, fait son éloge. Etant donné le statut qu’elle obtint auprès du docteur Mondain puisqu'elle deviendra sa dernière compagne, elle manque sans doute d’objectivité, mais les faits sont là : le « vieux Naugeat … survit entre ses murs sales, les locaux sont mal éclairés, tristes, malodorants. Nombreux sont les pavillons qui ont gardé la couleur verte indécise – la moins salissante – qu’ils avaient à l’origine ».

Le docteur Mondain, Madame Schneider éducatrice, encadrés de deux infirmières

Madame de Gaulle, le docteur Mondain, son épouse Raymonde et les invités,

à une visite de l’hôpital psychiatrique de Limoges

L’ordonnance du docteur Mondain

Mondain est un artiste complet, et facétieux

 

Outre la peinture et les céramiques, il est violoncelliste. Il représente souvent cet instrument dans ses tableaux. Lorsque le violoncelle le disperse trop de sa peinture, il lui enlève les cordes, lui fait « tourner le dos » et le place dans un coin de son atelier. Pour compliquer son approche et pouvoir continuer à peindre, de manière facétieuse il pose dessus une chouette empaillée !

La compétition entre le violoncelle et la peinture. Photos Raymonde Schneider.

   

Il expose à Toulouse, à la galerie Œuillet sous le pseudo de Paul Mars, entre le 7 et le 20 mai 1955 .

 

   Le vernissage a été parrainé par Maurice Genevoix, de l’Académie française qui souligne avec emphase l’éthique de Paul Mars : « Nous sommes très vite tombés d’accord sur quelques vérités premières, de celles que le respect humain, le snobisme, l’impatience, et d’autre part un mercantilisme aussi ingénieux qu’infatigable, remettent perpétuellement en cause, parviennent parfois à ébranler, mais qui se rétablissent toujours parce ce qu’elles sont, en effet, des vérités...

 

    ... Lorsque Paul Mars dit, par exemple, que ce qui compte pour un artiste c’est d’avoir quelque chose à dire, et de le dire de façon personnelle, je souscris. Et pareillement lorsqu’il ajoute que l’expression doit être loyale, sans diversions ni coquetteries, sans faux-semblants, sans chiqué, sans escamotages malhonnêtes, il ne contraint point le souci de jouer un personnage...

     ... S’il ose le dire, c’est bien parce qu’il est honnête ; parce qu’il sait que les meilleurs peintres, s’il leur est arrivé de tricher, cela finit toujours par se voir et par se savoir ; que les plus grands auraient été moins grands faute de cette sincérité, de cette obligation intérieure qui les ont ramenés vers eux-mêmes à travers les tâtonnements, les recherches jamais achevées qui sont le lot des créateurs.

 

     ... La loyauté qui est la sienne, dont je l’estime et le loue d’autant plus qu’elle est devenue moins commune qu’il a eu la sagesse de demander à un « second métier » son indépendance matérielle ; et que cette liberté-là, elle aussi, donne au peintre ses coudées franches.

 

     ... « On ne peut plus peindre après Cézanne comme on peignait avant Cézanne. » Voilà encore un propos de Paul Mars, à la fois modeste et honnête. Car c’est toujours à cette honnêteté-là qu’il convient de revenir. Il n’y a pas de novateurs dans l’absolu. C’est à partir d’un point donné, déjà atteint, que l’on innove, si l’on est doué et si l’on se connaît soi-même. La culture de Paul Mars est grande. Il ne peint pas « comme il peindrait si Cézanne n’avait jamais peint » ; mais il le sait.

 

    ... Entre toutes les techniques dont chacune porte enseignement et qu’il a interrogées, il a su reconnaître celles qui l’inclinent vers ses propres dons. Sa culture est ainsi assez large pour ne plus apporter d’entraves à sa liberté personnelle, pour servir son message au lieu de la dicter roidement et ainsi de le trahir, pour se laisser d’elle-même oublier. C’est le moment où commence ce qui compte, où se font jour les vrais tourments.

 

      ... Je n’entreprendrai donc point de juger la peinture de ce peintre. J’en dirai seulement qu’elle me plait, ou que je l’aime, sans vouloir « expliquer » pourquoi : cela nous entraînerait vers les mêmes vérités premières, dont les mêmes illusions, les mêmes pharisaïsmes aussi, font d’éternelles vérités de combat.

 

     ... « Beaucoup plus qu’au désir d’un succès temporel, une exposition, à ses yeux, correspond à une inquiétude et à un souci plus secrets, et plus nobles. Il y voit l’occasion de faire le point hors de lui-même. Il en espère des rencontres humaines, le témoignage de sympathies compréhensives ou chaleureuses. Je les lui souhaite nombreuses, enrichissantes, et telles qu‘elles affermissent ses pas sur la route qui est la sienne ». Maurice GENEVOIX, de l’Académie Française.

 

     Ce témoignage se passe de tout commentaire.

 


Oradour sur glane

 

Mondain est apprécié par l’Etat qui lui commande une piéta pour la nouvelle église d’Oradour sur Glane. Il était proche de l'architecte Paul Villemain. Son fils Thierry nous révèle que Mondain a participé à l'élaboration du plan de cette nouvelle église. «  En ce qui concerne l'église d'Oradour  … je n'avais que 8 ans en 1953 … quand j'allais chez Villemain avec Papa, il faisait ses affaires avec lui, et moi j'allais jouer avec son fils (il devait avoir 11 ans). » Mondain a participé à l'élaboration de l'église avec Paul Villemain en tant que consultant artistique, rôle certainement précieux dans la construction et la décoration de l'église d'Oradour, selon Thierry.

Mondain. Piéta de la nouvelle église d’Oradour sur Glane

Activités artistiques diverses

    En 1960, Il réalise et compose du dessin en noir, des croquis d’audience au Palais de Justice de Toulouse. En même temps, il peint et expose plus souvent dans plusieurs galeries toulousaines ainsi qu’au Salon des Artistes Méridionaux. 

 

    Depuis Limoges, Mondain entretient des relations avec le milieu artistique de Paris. Il y retrouve Bernard Buffet, qui, lui, travaille sur commande et réalise des tableaux « en séries » ce qui n’est pas le cas de Mondain dont chaque œuvre, dictée par son inspiration du moment, est originale et unique.


    C’est l’époque des « Zapotecks » : sa fille Florence, née en 1964, ne l’a jamais vu peindre autre chose, au sol ou sur un tonneau, « à la chinoise », à plat. Il tourne le tableau et regarde dans un miroir afin d'harmoniser les formes et les couleurs. Ces détails permettent une datation précise de sa peinture. 


    Dans ces tableaux parfois lugubres, marqués par le cubisme, il dévoile sa grande sensibilité et son vécu souvent attristant de psychiatre d’asile. Nous disposons d'un tableau « Zapothèque » daté de Juin 1981, soit quelques semaines avant sa mort (collection particulière).