© Comité Paul MONDAIN

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A Quimper, les conférences du vendredi 30 juin 2017 concernant le peintre Paul Mondain ont regroupé une quarantaine de personnes très intéressées par son œuvre. Elles ont commencé à 14 heures sur le site de l’hôpital Gourmelen et se sont terminées à 18 heures, suivies d’une visite de l’exposition permanente et privée à la galerie ALEPH et d’une autre « exposition privée », sur le parking de la gare, sous la pluie !


Les présentations ont été faites par Monsieur Pascal Bénard, directeur de cet hôpital, où Mondain a officié en tant que chef du service « Baume » et, à deux reprises, comme médecin-directeur de « l’hospice ». 


    La première intervention, menée par Jacques Jourdren, l’historien de Gourmelen, a considérablement surpris l’assistance. Selon une commission de parlementaires qui s’est déplacée sur les lieux en 1950, l’hôpital ressemblait à un camp de concentration. Les malades avaient le crâne rasé, ils portaient des vêtements de bure et des sabots. Les dortoirs n’étaient pas chauffés, les lits y étaient espacés de vingt centimètres. Les cuisines sentaient mauvais et le linge était plus sale après son passage dans une laverie également nauséabonde… De quoi faire apprécier à Monsieur Bénard l’état actuel particulièrement confortable de son hôpital ! C’est dans cette ambiance psychédélique, comme l’aurait dit Salvatore Dali puisque nous sommes dans un contexte d’art, que le Docteur Mondain a exercé dès 1937 et jusqu’en 1950. D’autres médecins se sont échappés de cet enfer, mais Mondain, bien que d’origine très bourgeoise, a résisté. Il a assumé tant bien que mal son service auprès des malades, de manière assez originale puisqu’il les admettait dans son logement de fonction, qu’il utilisait ses revenus personnels pour acheter du matériel de radiographie, du matériel de cinéma et des tubes de peinture. Il appliquait des techniques apparentées avant l’heure à l’art-thérapie. Il fit fortuitement connaissance d’un autre artiste, Céline, qu’il dut héberger quelques jours, laissant à ce dernier davantage le souvenir d’un grand médecin que celui d’un peintre. Incompris d’un supérieur aux conceptions archaïques, Mondain fut obligé de quitter Gourmelen en même temps que celui-ci, mis en retraite, pour exercer de manière plus paisible à Limoges. Le docteur Mondain laissa à Quimper le souvenir d’un médecin discret, simple et généreux, novateur, respectant des malades qualifiés alors « d’inéducables ». Sa pulsion pour l’art, irrésistible, constituait sans doute aussi une échappatoire.


    Il était facile pour Gilles Moreau, également médecin ayant failli être psychiatre, de commencer la seconde conférence en qualifiant l’œuvre de Mondain de « Fleurs du mal ». Pendant une heure, après avoir évoqué rapidement la biographie du peintre, furent présentés, analysés et commentés une quarantaine de tableaux. Fils d’un éminent médecin vivant dans le XVI ème arrondissement de Paris, bachelier à 14 ans après avoir été éduqué par un précepteur, Mondain a opté pour la psychiatrie et a exercé en tant qu’interne dans plusieurs hôpitaux avant de choisir Gourmelen. Très original, l’interne Mondain illustrait les observations écrites de ses patients avec leurs portraits. De même sa thèse comportait des dessins de malades mentaux, toujours dressés d’un trait sans reproche. Ses premières œuvres connues sont donc surtout des dessins réalisés dans les années trente, et quelques tableaux. Les peintures représentent des paysages marqués par l’influence de Cézanne, naturalistes, mais abstraites par l’utilisation d’aplats de couleurs dans un contexte de fauvisme : opposition de couleurs complémentaires chatoyantes. Les tableaux de cette première période expriment déjà des sensations d’angoisse qu’il produit par le jeu de couleurs froides et rabattues selon une veine expressionniste mélancolique. Il signe alors « Mond’ain ». Succède alors une période très riche. A partir des années quarante, Mondain peint des centaines d’œuvres représentant des fleurs, des paysages urbains et surtout des paysages arborés. Les bouquets sont de facture naturaliste et se rapprochent de l’abstraction typique des années 50. La peinture de Mondain glisse rapidement vers un compromis géométrie cubiste – abstraction. Abstraction sur le fond créant une atmosphère nuageuse, caractère plus linéaire et géométrique pour la forme. Sur le fond, Mondain utilise parfois des gammes de couleurs froides, sourdes car rompues perdant ainsi leur intensité et entrainant un effet doux, pastel, une ambiance feutrée de velours pour mettre en valeur la forme, le sujet. Parfois le fond se mélange avec la forme dans un effet d’osmose, parfois la structuration des plans colorés donne un effet mosaïque. Sa maîtrise très professionnelle des couleurs offre de charmants jaillissements, très fluides. En jouant sur les complémentaires avec par exemple des fleurs rouges et des feuilles vertes, par des touches qui se heurtent, il offre des explosions de couleurs. Mondain est un grand admirateur de Picasso mais il n’ira jamais jusqu’à des déconstructions totales. Il ne fait qu’accompagner à sa façon la révolution plastique visuelle et intellectuelle du cubisme. Il applique les mêmes principes techniques pour les innombrables paysages ruraux ou urbains, pour les scènes d’intérieur comme les ateliers de peintres. L’architecture de ses tableaux est marquée par des tracés verticaux, très géométriques. C’est également l’époque des faïences, tradition quimpéroise : Mondain a produit des chefs d’œuvres céramiques. Sa troisième et dernière époque débute dans les années 60. Si Mondain continue à peindre quelques décors floraux, de nombreux paysages arborés, il produit surtout un nombre considérable de tableaux représentant des personnages dans une construction très cubiste et toujours abstraite. Des êtres hybrides, biomorphes, dispersés au sein de la silhouette de sujets humains créent une atmosphère de rêve, hallucinatoire, très surréaliste, selon un travail comparable à celui de Matta. Dans ces représentations cubistes, Mondain n’oublie pas la couleur. Elle reste éclatante dans une majorité d’œuvres mais, comme le disait Lucette Destouches, Mondain, personnage très particulier, peignait parfois la nuit et revenait avec des tableaux tout noirs ! Il conservera cette habitude à Limoges : quelques tableaux sont effectivement sombres, noyés dans les gris ou les bleus, nous plongeant dans une ambiance étrange. Ils sont rarement exempts de touches colorées. Parfois le regard se noie dans une transparence presque aquatique des couleurs. Des sujets fantomatiques aux yeux noirs inexpressifs sont la représentation de malades vivant dans un climat sinistre. L’artiste Mondain avait le cœur sensible, cette ambiance de la condition psychiatrique transpirait chez lui. Sa dernière épouse l’entendait pleurer la nuit, mais le jour suivant, toujours très distingué, il ne laissait rien paraître. Une certaine érudition, une sensibilité à fleur de peau certes, mais très bien maitrisée, engendraient l’éclosion d’innombrables bulles d’inspiration.


Profession psychiatre, artiste amateur. Amateur éclairé de haut niveau, autodidacte, il est par définition proche de l’art brut et asilaire. Sa grande culture lui a permis d’assimiler trois des principaux courants hérités de Cézanne et des impressionnistes : fauvisme (explosions fabuleuses des couleurs), cubisme (tracés géométriques plutôt que déconstructions radicales) et abstraction (par le traitement en facettes colorées juxtaposées et imbriquées des fonds et souvent des sujets). De ses œuvres de fin de vie se dégage un climat très surréaliste. Mondain se distingue des grands mouvements de cette époque moderne car il est libre penseur, indépendant au plan artistique comme au plan professionnel. Il ne copie pas, il ne pratique pas l’imposture ou l’épate pour se placer sur le marché des arts. La célébrité l’indiffère. S’il aime le cubisme, il s’en sert pour faire ressentir la misère de certaines conditions humaines comme dans Guernica. Il ne cède pas à la mode de la dérision et de la laideur sans valeur esthétique : chaque tableau est une œuvre raffinée et délicate. Mondain n’est guidé que par sa pulsion vers l’art. Sa peinture raconte l’histoire riche d’une vie personnelle originale et hors du commun. Il est devenu un virtuose du trait qu’il trace sans hésitation et de la couleur qu’il fait exploser. Il a ainsi élaboré un style qu’on ne trouve nulle part ailleurs et que ses contemporains modernes auraient pu lui envier. 

Les supports visuels de présentation utilisés pour la conférence sont disponibles en téléchargement :

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